La dernière déclaration de la Grande Loge Unie d’Angleterre est due à un désir de mettre du baume sur les plaies de Servel et consorts.

A Baltimore, ils espéraient obtenir la reconnaissance des Américains. Au lieu de cela, ce fut la reconnaissance d’origine de la GLAMF et de la GLIF, et des compliments aux cinq Grandes Loges européennes.

 

Les Anglais réagissent parce que cela fait à peu près vingt mois que l’on fait comme si la Grande Loge De France voulait devenir régulière et ce, en pure perte. Le Grand Maître de la GLDF en est encore à dire qu’il attend le convent de juin prochain pour prendre une décision : il cherche en tout et pour tout à gagner du temps. Or, si la Grande Loge De France veut être reconnue comme régulière, elle ne veut absolument pas devenir régulière sur le fond.

 

Les Landmarks tels que la croyance au Grand Architecte De l’Univers et sa volonté révélée (« a belief in the G.A.O.T.U; and His revealed will » disent les Basic Principles de 1929) sont intolérables pour elle, sans compter la rupture avec le Grand Orient de France.

 

Du point de vue de la Grande Loge Unie d’Angleterre, la Grande Loge De France ayant été fondée en 1896-1904 sur l’athéisme de ses créateurs, elle est définitivement irrégulière et la conduite de ses représentants depuis le début de la confédération en est la preuve. C’est la perception traditionnelle dans le temps. La perception dans l’espace du fait que la GLDF compte plus 40.000 membres n’a strictement aucune importance.

 

D’ailleurs que les cinq Grandes Loges européennes qui ont promu la confédération aient reconnu dans la déclaration de Vienne que la GLAMF et la GLIF sont régulières par leur origine, signifie bien que la GLDF n’est pas régulière par son origine, telle que perçue dans le temps.

 

La déclaration des Grandes Loges américaines à Baltimore va exactement dans le même sens.

 

Que peuvent faire la GLAMF et la GLIF ?

Elles ne peuvent pas exclure la GLDF de la confédération, cela ferait une polémique inutile et dévoreuse de temps et d’énergie. La GLAMF et la GLIF doivent se retirer très vite de la confédération pour devenir des interlocutrices valables pour la Grande Loge Unie d’Angleterre et participer plus tard à une confédération sans la GLDF mais avec la GLNF.

 

En ce qui me concerne, je suis de ceux qui ne reviendront pas à la GLNF, même si elle recouvre la reconnaissance anglaise. Les sondages que je fais autour de moi me donnent à penser que je ne serai pas le seul, même s’il est prévisible que nombre de frères rentreront à la GLNF. Mes raisons, nos raisons, sont les suivantes.

 

Ce que les hauts responsables de la Grande Loge Unie d'Angleterre appellent« peace and harmony » n’est que le silence qui règne dans les rangs de la GLNF.

 

Quant au pouvoir qui serait rendu à la Grande Loge Nationale Française et à ses membres (« return power to the Grand Lodge and its members »), ce n’est rien d’autre que le pouvoir personnel du seul Grand Maître de la GLNF et non plus celui d’une administratrice judiciaire. Les membres de la GLNF n’ont aucun pouvoir si ce n’est celui de se taire.

 

« Nous sommes un ordre » me disent mes frères de la GLNF qui considèrent qu’être un ordre consiste en tout et pour tout à obéir aveuglément au Grand Maître quoi qu’il dise ou fasse.

 

Un exemple ? Voici quelques points saillants extraits du projet de règlement de la GLNF, règlement soi-disant «réformé» » par Servel :

Selon l’Art. 76 : Le Grand Maître détient, via le GMP, le pouvoir d’administration et de décision sur toutes les affaires concernant […] les Loges et leurs membres.

Le Grand Maître a donc tout pouvoir.

Il est vrai que Servel a inventé pour Stifani le concept du grand maître comme trait d'union entre les maçons et Dieu et qu’il n’est jamais revenu sur ce point.

Cela trouve une application dans sa conception de l’installation du Vénérable Maître:

Selon l’art. 111 : Le VM n'est qu’en principe installé par son prédécesseur.

Selon l’art. 125 : Le VM ne dispose que des pouvoirs qui lui sont conférés par le GM.

Selon l’art. 134 : Le rituel d'installation des VM dépend exclusivement du Grand Maître.

C’est parfaitement irrégulier, l’installation devant être réalisée par le Vénérable sortant.

 

En outre, comme il l’avait annoncé dans sa campagne électorale, Servel a maintenu les montages mis en place par ses prédécesseurs. La seule différence avec Stifani serait qu’il ne fait pas sauter les têtes des mécontents mais il y a à cela une raison bien simple : les mécontents (20.000 frères environ) ne sont plus à la GLNF. 15.000 d’entre eux sont à la GLAMF et à la GLIF, et 5.000 sont perdus.

 

Comment le nouveau règlement de la GLNF sera-t-il voté le 12 avril prochain?

À main levée ? À bulletins secrets ?

 

Les causes de la crise de 2009 sont toujours en place à la GLNF.

 

O O O

 

En conclusion, d’une part la confédération en gestation n’a aucun avenir en son état actuel ; d’autre part, la GLNF restera, selon le projet de nouveau règlement, toujours régie par les mêmes carcans que ceux des années précédentes et continuera donc de souffrir des mêmes dérives et maux.

 

En l’état, il n’y a pas actuellement en France d’obédience régulière digne de ce nom, dont l’éthique, les valeurs morales et les pratiques « managériales » correspondent à celles de la FM de Tradition.

 

La seule solution consiste à être membre d’une Grande Loge étrangère régulière, particulièrement de l’une des Grandes Loges anglo-saxonnes.

 

Jules Mérias