Le Bloc-notes de Jean-Laurent, blog sur la Franc-maçonnerie et les spiritualités, a publié une réflexion intéressante sur la création récente de la Loge France d’Irlande et la position des Frères anglo-saxons sur la recomposition du paysage maçonnique français.

Ci-dessous extraits dudit article.

Joseph Tallot

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RPMF : La ballade irlandaise des Frères Français

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Cette loge regroupe des Français, anciens membres de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), obédience maçonnique qui fut en France la seule reconnue par la Franc-Maçonnerie anglo-saxonne durant près d’un siècle et qui a perdu la reconnaissance de la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) depuis le 12 septembre 2012.

Des Frères français, souvent individuellement membres de loges de la GLUA mais dispersés, se retrouvent aujourd’hui pour former une loge régulière franco-irlandaise sous l’obédience de la Grande Loge d’Irlande.

L'inspirateur de cette nouvelle loge est bien Jean Murat, que nous connaissons bien depuis de nombreuses années pour avoir bataillé depuis 2007 contre le système « Foellner/Stifani » au sein de la GLNF. Il avait démissionné avec fracas de la GLNF le 12 décembre 2012…

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L’on peut constater que les cicatrices laissées entre les protagonistes de l’explosion de la GLNF sont loin d’être cicatrisées et que, bien au contraire, les antagonismes (pour utiliser un terme neutre…) entre les anciens de la GLNF sont plus forts que jamais.

Jean-Pierre Servel tente d’imposer un nouveau look à la GLNF (environ 18 000 membres) pour retrouver la reconnaissance perdue, Alain Juillet de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (environ 13 000 membres) tente le pari de la Confédération Maçonnique de France avec la Grande Loge de France et la Grande Loge Indépendante de France , Jean-Luc Venturino de la Grande Loge Traditionnelle de France (GLTS) regroupe les Frères de Marseille et des environs, des petites obédiences se créent tous les mois, des loges sauvages sont dans la nature et plus de 10 000 frères ne sont plus nulle part…

Et maintenant, Jean Murat lance la nouvelle loge « France Irlande 884 » au sein de la Grande Loge d’Irlande.

Voilà pour les faits.

Comment peut-on interpréter cette création de loge, en dehors du fait qu’il s’agit là d’un concurrent supplémentaire à la reconnaissance anglo-saxonne ?

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En termes clairs, la France n’est pas un désert maçonnique, c’est bien aux Français de s’organiser pour retrouver la reconnaissance et aucune Grande Loge étrangère ne doit se mêler de la recomposition de la maçonnerie régulière en France.

Pour l'instant un minimum de formes sont respectées : le communiqué de la loge « France d'Irlande 884 » parle de Tenues en Irlande environ 3 fois par an et de réunions d'instruction du Rite Irlandais en France.

Pour autant personne n’est dupe. Quel sens cela aurait-il d’aller passer 3 jours en Irlande par an pour maçonner… et rien d’autre ?

Il s’agit bien, au contraire pour les créateurs de cette loge, de reconstituer, sous l’obédience de la Grande Loge d’Irlande, en France, la maçonnerie « régulière » à l’anglo-saxonne.

Alors que la GLUA affirmait très clairement en 2012 que la France n'était pas un « territoire ouvert », c'est à dire sur lequel des Grandes Loges régulières d'autres pays peuvent créer des loges.

Si cela allait plus loin que ce qui est officiellement présenté aujourd’hui (tenues en Irlande et instructions en France), si la Grande Loge d’Irlande créait son 13ème « district », le district de France, la Grande Loge Unie d’Angleterre laisserait-elle faire ? Rien n’est moins sûr, car cela est en opposition totale avec ses propres prises de positions et recommandations.

Si la création de la loge « France d'Irlande 884 » peut difficilement avoir été faite sans l’aval, au moins tacite, de la GLUA, aller plus loin en créant un nouveau district de la GLd’I serait difficilement envisageable sauf à ce que la GLd’I s’autonomise de façon spectaculaire (et inédite) de la GLUA.

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Les Anglais avec leur sens inné du pragmatisme, ne mettent-ils pas tout simplement plusieurs fers au feu ?

Vous vous souvenez que lors de la « Conférence européenne des Grands Maîtres » (des GL dépendantes de la GLUA) qui  s’est tenue à Genève du 27 au 30 juin 2013, le Pro-Grand Master de la Grande Loge Unie d’Angleterre, Peter Lowndes, aurait déclaré – tout en soulignant qu’il ne parlait pour le moment que d’une hypothèse – que la GLUA pourrait à l’avenir reconnaître deux Grandes Loges sur un même territoire…

Et cela, même si ces Grandes Loges ne sont pas elles-mêmes « en relation d’amitié et de reconnaissance mutuelle ».

Cela signifie clairement que la GLUA ne s’interdit rien…

Un retour en grâce de la GLNF de nouveau reconnue ?

La reconnaissance du processus de la Confédération Maçonnique de France après que celui-ci aurait eu l’accord de la Franc-Maçonnerie régulière européenne continentale ?

Un mix de toutes ces solutions ?

Une autre ?

Pour l’instant personne ne peut dire quelle solution sera adoptée in fine… Il n’est même pas impossible que plusieurs grandes loges soient « reconnues » à la fin du processus, quoique le plus probable soit la reconnaissance d’une obédience…

Jean-Laurent Turbet

(Bloc-notes de Jean-Laurent)

 

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